D’après une étude réalisée par « The Software Alliance » pour la Business Software Alliance (BSA) en décembre 2016,
66% des français pensent que les pratiques illégales et immorales sont fréquentes dans l’univers professionnel français.
71% des salariés de France se déclarent prêts à dévoiler les pratiques illégales qui pourraient avoir lieu au sein de leur entreprise, et parmi eux 15% l’ont déjà fait et sont prêts à le refaire si le cas se représentait. Les salariés français sont par ailleurs plus entrain à dénoncer de telles pratiques que certains voisins Européens : 69% des salariés italiens se déclarent prêts à dénoncer d’éventuelles pratiques illégales, 62% des salariés espagnoles, et seulement 51% des salariés allemands.

OurCompany a souhaité voir si ces chiffres se confirmaient environ un an après cette première étude et étudier plus profondément les conditions évoquées par les répondant.e.s qui favorisent la libération de la parole des salariés confrontés à l’illégalité ou l’immoralité dans leur travail. Nous avons donc posé aux utilisateurs de l’application OurCompany, la question ouverte suivante :« Si vous aviez connaissance d’actions immorales ou illégales de la part de votre entreprise, à quelles conditions vous sentiriez-vous en mesure de les signaler ? »

Les réponses de 152 répondant.e.s  ont été collectées pendant une semaine entre le 9 janvier 2018 et le 16 janvier 2018.

Résultats de l’étude

L’analyse qualitative a permis d’identifier dans un premier temps 4 catégories de réponses (Figure 1):

  1. Pas de signalement du tout.
  2. Signalement sous certaines conditions uniquement.
  3. Signalement sans condition/immédiatement.
  4. « Je ne sais pas/ vers qui me tourner ? »

Les actions immorales et illégales au travail sont généralement signalées

L’analyse des résultats de cette étude montre que dans l’ensemble l’immoralité et l’illégalité au travail sont dénoncées par les salarié.e.s à 79% (« sous condition » et « sans condition » pris ensemble), un chiffre plus haut (+8%) mais proche de celui mentionné précédemment dans l’étude pour la BSA. Seulement 5% des répondant.e.s préfèrent ne rien signaler et 5% ne savent pas vers qui se tourner ou quelle sera leur réaction si l’occasion se présentait.

Signalement des pratiques illégales ou immorales en entreprise

Signalement des actions illégales/immorales

Figure 1 -Catégorisation des réponses : le signalement/ sous conditions /sans condition

La peur des répercussions: le frein principal au signalement de l’immoralité et l’illégalité au travail

Dans un second temps, nous avons souhaité étudier les causes précises évoquées par les répondant.e.s qui poussaient les salarié.e.s à signaler les actions illégales ou immorales au travail. Comme on peut le voir dans le graphe qui suit (Figure 2), la condition principale qui tend à favoriser le signalement de ces actions douteuses est l’assurance d’une certaine forme de protection pour celui/celle qui les signale. Cette condition est évoquée dans 12.5% des réponses de cette étude (19/152).  La seconde condition évoquée, dans 6.57% des réponses, est d’avoir le soutien de la hiérarchie ou que la hiérarchie n’effectue aucune forme de pression sur celui/celle qui dénonce l’action immorale/illégale (10/152) . Certains envisagent un signalement seulement si ces actions portent atteinte à autrui (7/152) et d’autres, plus prudents, veulent en savoir plus sur les circonstances exactes de ces actions illégales ou immorales et les signaleraient uniquement si les faits sont vérifiés précédemment (6/152). Il est par ailleurs intéressant de noter que malgré l’affaire Weinstein et le mouvement #MeToo qui a suivi en octobre 2017 qui dénonce en particulier les agressions sexuelles et le harcèlement dans le milieu professionnel, « le harcèlement » n’a été cité comme condition qui pousse au signalement qu’une seule fois dans toute l’étude. Enfin, une personne seulement a mentionné « la honte » comme facteur qui empêche le signalement.

Exemples de réponses (libres) : « Je signale s’il n’y a aucune répercussion sur moi », « Ne pas subir de retombées personnellement », « A condition d’être protégée », »Si cela va à l’encontre de mes valeurs et ne porte pas atteinte à ma vie ».

Analyse des conditions justifiant le signalement

Le signalement d'actions immorales ou illégales au travail

Figure 2 – Répartition des réponses sur le signalement d’actions immorales ou illégales au travail (en nombre de répondant.e.s).

Ce qu’on retient

  • 48% des répondant.e.s se disent prêt.e.s à signaler les actions illégales/immorales au travail sans condition et/ou immédiatement.
  • 31% signalent seulement sous certaines conditions dont la plus populaire est de ne pas subir les conséquences directes après le signalement.
  • Seulement 5% des répondant.e.s ne signalent pas les actions immorales ou illégales.
  • 3.3%  ne savent pas ce qu’ils ou elles feraient et 1.3% ne savent pas vers qui se tourner face à une action illégale ou immorale.
  • Fait intéressant :  Pour certains répondant.e.s, une action immorale ou illégale au travail entraîne la démission du salarié.e de son entreprise. En effet, 2.6% des répondant.e.s disent qu’ils/elles signalent l’action immorale/illégale puis quittent leur entreprise ou quittent l’entreprise puis signalent ensuite les actions immorales ou illégales.
  • Signalement sous certaines conditions :
    • Avoir l’assurance d’une certaine forme de protection pour celui/celle qui les signale (12.5% ).
    • Avoir le soutien de la hiérarchie ou aucune pression de la hiérarchie (6.57%)
    • Si ces actions portent atteinte à autrui (4.6%)
    • Si les faits sont vérifiés (3.9%)
    • Si les faits me concernent directement (2.6%)
    • Si il s’agit de harcèlement (1.3%) ou si c’est honteux (1.3%).
  • Limite de l’enquête et conclusion: Seulement 152 personnes ont répondu à cette question ouverte sensible et délicate ce qui ne permet pas d’effectuer d’analyse quantitative concluante. Toutefois, l’analyse qualitative des réponses a permis de mettre en avant certaines craintes des salarié.e.s. et a montré que dans l’ensemble la parole des salariés se libérait de plus en plus face à des actions immorales ou illégales dans la sphère professionnelle.
Summary
Les causes du signalement des actions immorales ou illégales au travail
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Les causes du signalement des actions immorales ou illégales au travail
Description
Cet article met en avant les craintes des salarié.e.s face à de potentielles actions immorales ou illégales au travail et les conditions qui les poussent à les signaler. Les résultats de l’étude ont mis en avant que même si la majorité des salarié.e.s tend à dénoncer ces actions sans condition, la peur des répercussions personnelles et le manque de soutien de la hiérarchie demeurent les freins principaux au signalement des ces dérives.
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